Donnez-moi un petit coup de pouce pour repartir à l’aventure!

3 mai 2017 at 3:22 (Note de la rédaction)

Bonjour chers lecteurs!

Ça fait deux jours, comme disent les Burkinabè.

Je sais, je vous ai un peu laissé en plan la dernière fois… Un jour, je vous offrirai le résumé de la suite de mes aventures électorales de 2015. D’ailleurs, je m’en vais les raconter ce soir à des universitaires d’un peu partout dans le monde dans le cadre de la table ronde d’ouverture « La passion du journalisme malgré tout » du colloque international Mejor à l’Université Laval, dans la belle ville de Québec.

Vous vous doutez que mon envie de retourner en Afrique n’est jamais bien loin… C’est pourquoi je tente actuellement d’obtenir une bourse d’#explorationsolidaire pour partir dans un pays mystère (le Maroc et le Sénégal font partie des possibilités) afin d’évaluer des hébergements villageois qui seront ajoutés à la plateforme de Village Monde, un véritable Airbnb du tourisme solidaire et écoresponsable.

 

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Pour plus de détails sur cette ONG québécoise, vous pouvez lire mon article paru dans le plus récent numéro de Sans Frontières.

Afin de décrocher cette superbe bourse, j’ai entre autres besoin de prouver que j’ai de la portée sur les réseaux sociaux. Donc soyez gentil, cliquez « J’aime » sur ma petite vidéo de candidature (ci-dessous) et partagez-là dans vos réseaux  pour m’envoyer à l’aventure… Vous savez que quoi je suis capable! 😉 

Pour augmenter mes chances, vous pouvez aussi aimer et partager et la page Facebook de Village Monde en m’identifiant.

Si Village Monde me choisit pour une mission d’évaluation d’hébergement solidaire, je la documenterai (entre autres) ici de façon plus assidue que la dernière fois… Vous m’aurez aidée à la gagner, après tout! 😉

Merci mille fois et à bientôt sur ce blogue, j’espère!

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14-22 octobre : Tranquille la vie

23 octobre 2015 at 2:25 (Burkina Faso)

Après avoir couru partout depuis mon arrivée, le rythme burkinabè a commencé à s’imposer : une ou deux activités par jour, pas beaucoup plus… Et pas trop vite! J’avais oublié à quel point il tape, le soleil burkinabè, et ça va m’a valu quelques épisodes de déshydratation et de grande fatigue. Un mal pour un bien, ça me forcera bien à me reposer d’ici le 5 décembre, jour officiel de mon retour à Montréal.

Pour les intéressés, les élections auront finalement lieu le 29 novembre, après une courte campagne de trois semaines (bien loin des 78 jours!). Les 14 candidats prévus pour le 11 octobre ont été confirmés, donc tout reprendra bientôt comme prévu… Avec mon nouveau badge de presse, que j’attends impatiemment, contrairement aux gardes de la Commission électorale nationale indépendante qui aiment bien me voir me pointer pour prendre des nouvelles! 😉

D’ici là, je prends le temps de renouer avec des plaisirs tant attendus : des balades à moto (comme passagère) à travers les rues colorées et hyperactives de Ouaga, de la Brakina bien fraîche au maquis avec des amis dont je me suis ennuyée… Sans oublier le poulet télévisé et le porcofour, au goût toujours aussi fantastique!

Je n’ai pas pu résister à l’appel du pagne : je m’en suis acheté un au marché dit «de la zone humide». Une robe suivra bientôt si le couturier le veut!

Je n’ai pas pu résister à l’appel du pagne : je m’en suis acheté un au marché dit «de la zone humide». Une robe suivra bientôt si le couturier le veut!

Le Canada m’a par contre bien manqué le 19 octobre, alors que j’ai passé une bonne partie de la nuit seule devant mon ordinateur à suivre la soirée électorale… Au rythme de mon Internet poussif et parfois frustrant!

Parenthèse techno : Internet est de plus en plus populaire au Burkina Faso… Sauf que les infrastructures ne suivent pas! Les réseaux sont beaucoup plus encombrés qu’en 2013, principalement à cause de l’accès aux téléphones intelligents, qui étaient une rareté il y a deux ans. C’est compréhensible, car le signal est souvent meilleur sur les téléphones que sur les ordinateurs! Fin de la parenthèse

Le pire, c’est que j’avais une très grosse journée le lendemain… À suivre dans le prochain billet!

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13 octobre : Grande première!

18 octobre 2015 at 7:51 (Le journalisme au Burkina Faso)

Ce matin, fierté et joie, mon premier reportage publié dans La Presse… Je suis même arrivée à temps pour paraître dans la version papier! 🙂

Pour lire l’article – et en apprendre davantage sur la situation politique en date du 11 octobre – c’est ici.

Les familles des martyrs se sont recueillis sur les dépouilles de leurs proches à la place de la Révolution.

Les familles des martyrs se sont recueillis sur les dépouilles de leurs proches à la place de la Révolution.

La tombe d'une des martyrs de la tentative du coup d'État, Angèle Kaboré, 25 ans.

La tombe d’une des martyrs de la tentative du coup d’État, Angèle Kaboré, 25 ans.

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8-11 octobre : Arrivée sur les chapeaux de roues… de moto!

18 octobre 2015 at 7:42 (Burkina Faso)

Allons-y aussi rapidement sur le blogue que dans la réalité : à peine arrivée à Ouaga, après un très long voyage (départ le mardi soir, avec près de trois heures de retard, une longue journée de transit au Maroc et une arrivée repoussée au jeudi matin à cause du couvre-feu), j’étais déjà en route – comme passagère sur une moto, mon moyen de transport habituel – pour l’achat d’un téléphone et d’une clé Internet destinée à communiquer avec le vaste monde.

Je me suis installée vite fait dans mon nouveau chez moi, une grande chambre ventilée avec salle d’eau personnelle dans une villa du quartier Wemtenga, à moins de deux kilomètres de mon ancienne adresse. C’est dire que je n’étais pas dépaysée! Sauf peut-être pour l’ambiance : je suis passée de deux autres jeunes expatriées à une cinéaste française qui partage sa vie entre les deux pays depuis 15 ans… et la douzaine de jeunes Burkinabè du quartier qu’elle héberge et/ou dont elle a organisé le parrainage scolaire.

La Villa Veenem (« lumière » en mooré, la langue des Mossis), est donc à la fois une maison de production de documentaires, un centre d’étude et un milieu de vie. Ce n’est pas l’action qui manque, mais c’est très stimulant, et pratique pour une journaliste qui veut connaître les dernières nouvelles… comme la tenue de l’enterrement des « martyrs» du coup d’État manqué, le lendemain de mon arrivée.

Un coup de fil à un ancien collègue du quotidien Le Pays plus tard, et j’étais déjà en mode préparation de couverture terrain. Le vendredi, j’ai donc passé près de quatre heures sous le chaud soleil de Ouaga, place de la Révolution puis au cimetière dit « des martyrs ».

Le lendemain, j’ai passé une partie de la journée à récolter des témoignages de jeunes Burkinabè sur la situation électorale, avant de partir au centre-ville faire une entrevue avec un ingénieur québécois… Le résultat à lire bientôt au Québec!

Finalement, le dimanche, jour prévu d’élections (avant que la tentative de coup d’État chamboule tout), j’ai travaillé sur un article qui revêtait une grande importance pour moi… À lire dans le prochain billet! 😉

P.S. Je crois que les photos vont se faire rares, car Internet est pas mal lent… Beaucoup plus qu’à ma première visite!

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8 octobre 2015 : Et c’est reparti pour un (petit) tour!

17 octobre 2015 at 11:41 (Burkina Faso, Note de la rédaction)

Le Burkina Faso... Ouagadougou est assez central

Le Burkina Faso… Ouagadougou est assez central

Après deux ans à l’espérer – et à en douter souvent! -, me voici de retour à Ouagadougou, cette fois avec mon chapeau de journaliste pigiste. Rattachée à aucun média en particulier, je tenterai de vendre des récits au plus grand nombre… et je publierai mes réussites ici.

Petit retour en arrière : à mon départ de Ouaga en mai 2013, j’avais promis que j’y reviendrais pour l’élection présidentielle, qui s’annonçait déjà d’une grande importance pour la région. Et je tiens toujours mes promesses! 😉

Sauf que j’étais loin de me douter qu’entre-temps, la population burkinabè deviendrait un exemple mondial de résistance citoyenne. Tout d’abord fin octobre 2014, en poussant leur président des 27 dernières années vers la sortie en 2 jours(!) par la seule force de leurs manifestations. Puis à la mi-septembre 2015, en refusant qu’une poignée de soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ne fasse dérailler leur gouvernement de transition et leur marche vers des élections démocratiques avec une tentative de coup d’État.

La population de Ouaga a alors affronté les balles pour convaincre l’armée régulière de les soutenir et de rapidement mettre hors d’état de nuire ce régiment de putschistes… En une semaine! Depuis, le RSP a été dissous et désarmé, et le chef des putschistes écroué et accusé de « crime contre l’humanité » et de « haute trahison », entre autres. Une commission d’enquête est en cours.

Tout ça pour dire qu’après avoir douté très fort – et repousser mon départ un brin – me voilà de retour sur le sol rouge burkinabè que j’aime tant pour huit semaines… Je ne me suis pas baptisée « tête de mule » pour rien!

À bientôt pour la suite!

P.S. Pour les explications initiales du titre Une tête de mule au pays des lions, cliquez ici. Et pour tout ce que j’ai déjà écrit sur le Burkina Faso, consulter le menu déroulant à droite.

P.P.S. Encore et toujours, mes plus plates excuses à mes fidèles lecteurs pour le récit du dernier séjour qui s’est terminé abruptement… Je n’ai aucune excuse, sauf celle d’être très mauvaise en relations épistolaires suivies. J’aurai fait un horrible jésuite!

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24 avril : Le stage tire à sa fin… Et le voyage en solo est terminé!

25 avril 2013 at 7:30 (Burkina Faso)

Deux grosses semaines de boulot se sont écoulées depuis mon dernier billet.

Durant ce temps, j’ai entre autres : presque achevée ma récolte d’informations terrains pour ma recherche géographique, interviewée la présidente de l’Association des mécaniciennes du Faso (et accessoirement la première femme diplômée en mécanique de moto au pays!) pour un futur article dans Éthiques et Sociétés, mangé quatre nouveaux mets (du fonio, de l’attiéké – des couscous de fonio et de manioc respectivement -, du gonré et du babenga), rencontré un journaliste américain pigiste pour The New York Times, assisté à un conseil d’administration de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec par Skype, couvert une conférence sur le possible référendum de réouverture de la Constitution burkinabè pour prolonger le mandat du président… Où j’ai entendu – et lu – la phrase qui m’a fait le plus rire depuis longtemps : «C’est une façon de montrer au peuple que la démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple selon l’Américain Abraham Licorne»!

Du badenda et des boulettes de gaonré... Très vert, mais pas mal bon!

Du badenda (un plat traditionnel mossi dont le nom signifie «la culotte du chien», composé d’un mélange feuilles de baobab, d’oseille et d’autres plantes vertes locales, d’un peu de riz et de poudre d’arachide, le tout arrosé d’huile, de sel et de piment) et des boulettes de gonré (pâte de haricot bouillie  dans des feuilles)… Très vert, mais pas mal bon!

De la grande visite

Mais surtout, j’ai accueilli de la belle visite à l’aéroport international de Ouagadougou, et j’ai nommé l’Esturgeon laurentien lui-même, Louis. Donc, depuis le 20 au soir, je ne suis plus la Québécoise toute seule à Ouaga, ce qui fait un bien fou! Pour l’instant, l’acclimatation dudit monsieur se fait en douceur, à sa guise et en solitaire, car il me reste encore quelques heures de stage à compléter au journal. Les soirs, nous en profitons pour sortir manger au maquis les mets traditionnels du pays. À date, le poulet télévisé et la carpe braisée passent le test haut la main! Et le concert du Congolais Jupiter dans LE bar  «d’expats» de la ville, le Bar K, aussi. Bon, un peu trop de Brakina a rendu le réveil difficile, mais ça valait la peine!

Juste pour le nom... Et pour les beaux poulets télévisés devant!

Juste pour le nom très montréalais… Et les beaux poulets télévisés devant!

Nous sommes également allés rendre visite à une (grande) famille très attachée à une amie québécoise – et inversement -, avec la mission de prendre des photos, des nouvelles et de remettre un cadeau de sa part. Ça fait plaisir de rendre autant de gens heureux et d’avoir un accès privilégié au quotidien d’une famille Burkinabè plutôt typique.

Portrait de famille : un mari, deux femmes et dix enfants

Portrait de famille : un mari, deux femmes et dix enfants

Votre humble mule avec les deux femmes de la famille, la soeur du mari, une voisine (je crois!)... Et la petite dernière!

Votre humble mule avec les deux femmes de la famille, la soeur du mari, une voisine (je crois!)… Et la petite dernière!

;-p

;-p

Le commerce du père de famille, la vente de charbon de bois à 6 000 FCFA (12$) le sac

Le commerce du père de famille, la vente de charbon de bois à 6 000 FCFA (12$) le sac

Je redeviens simple touriste… direction la brousse de Ouahigouya!

Changement total de rythme de vie : dès ce vendredi, c’est le vrai tourisme qui commence. Au programme d’abord : une fin de semaine à Ouahigouya, où je retrouverai mes collègues de Radio Wend Panga et où nous devrions aller découvrir pas un, mais deux vrais villages burkinabè, à 30 km de la ville, dans le Sahel.

Une location de moto est prévue, et j’en connais un qui a hâte de conduire! Un peu moins hâte de me traîner comme passagère, cependant, mais il n’a pas vraiment le choix, je n’irais pas à pied et je ne conduis pas… Pour l’instant du moins, parce que mon séjour m’aura convaincue de «passer» mon permis au retour. Mais ça, c’est une autre histoire!

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5 avril : Petite incursion dans le monde de la recherche universitaire – et des déguerpis urbains

14 avril 2013 at 10:54 (Burkina Faso)

Ces derniers jours, j’ai un peu quitté le journalisme pour me (re)transformer en étudiante. C’est que, depuis 2010, je complète à temps (très) partiel un certificat en géographie internationale. Mon séjour au Burkina Faso est une occasion en or pour réaliser ma toute première recherche terrain dans le domaine.

Me voilà donc à troquer mon chapeau de reporter pour celui de chercheure en sciences sociales, et à présenter ma « lettre de créance » de l’UQAM pour assurer à mes interlocuteurs que mon Étude sur les conséquences de la relocalisation des habitants des quartiers Zangouettin, Tiedpalogo, Peuloghin et Koulouba de Ouagadougou (Burkina Faso) dans le cadre du projet ZACA n’est pas bidon, ni destinée à être publiée dans un journal.

« Dans les faits, que signifie donc ce titre à rallonge? » me direz-vous. Pour faire une histoire courte, le projet ZACA (Zone d’Aménagement Commerciale et Administrative) a été lancé en novembre 2000 par l’État burkinabé dans le but de revitaliser le centre-ville historique de Ouagadougou et de le rendre plus compétitif à l’international. Pour permettre l‘aménagement d’espaces commerciaux et administratifs, en plus d’un hôtel cinq étoiles et un grand centre culturel multifonctionnel, l’État a fait raser à partir de novembre 2003 environ 85 hectares de vieux quartiers construits avec les moyens du bord, sans plan d’urbanisme et manquants de plusieurs infrastructures de base. À l’avenir, il n’y aura plus aucun immeuble résidentiel dans la ZACA, même si ce mot veux dire « maison » en mooré.

Une vue modélisée de ce que à quoi doit finir par ressembler la ZACA, selon le consortium d'urbanisme G2 Conception.

Une vue modélisée de ce à quoi devrait ressembler une partie de la ZACA en 2014, selon les plans du consortium d’urbanisme G2 Conception

Pour l'heure, ça ressemble à ça!

Pour le moment (février 2013), ça ressemble plus à ça!

Les chantiers en cours sont malgré tout nombreux, les immeubles terminés plutôt rares...

Les chantiers en cours sont malgré tout nombreux, mais les immeubles terminés très rares.

Le projet de l’État a obligé les habitants de plus de 1 500 parcelles à déménager rapidement sur deux « trames d’accueil » situées à plusieurs kilomètres du centre-ville et dont l’aménagement de base (aqueduc, électricité, routes, écoles, etc.) restait à faire. Ceux que l’on nomme les « déguerpis » ou les « déplacés » de ZACA sont maintenant installés depuis une dizaine d’années dans leurs nouveaux quartiers et dans leurs nouvelles maisons construites selon un ensemble de règles d’urbanisme (un « cahier de charges ») très strictes.

L’objectif principal de ma recherche est de savoir si leur relocalisation a eu les impacts positifs avancés par l’État sur leur qualité de vie. Je me suis donc rendue à la trame d’accueil de Ouaga 2000 rencontrer quelques déplacés et discuter de leur quotidien. Je ne peux reproduire ici ni leurs propos ni leurs photos, car je l’ai promis, mais je peux résumer leur situation dans mes mots : le quartier jouit d’un meilleur bâti, de conditions générales plus salubres, d’infrastructures urbaines plus efficaces et d’une meilleure sécurité… Mais les gens peinent à retrouver leur niveau de vie et à terminer la construction intérieure de leur maison, car ils n’ont plus de travail.

Il faut savoir que la plupart des déplacés sont de petits commerçants informels (tailleurs, coiffeuses, restauratrices, mécaniciens, vendeurs d’aliments, d’eau, de jus ou de minutes téléphoniques) qui, une fois éloignés du centre-ville, perdent beaucoup de clients et de possibilités d’affaires. En plus, selon le cahier de charge initial, le commerce informel est totalement interdit à la trame d’accueil, ce qui force ses habitants à se déplacer à plusieurs kilomètres de chez eux pour exercer leur activité commerciale (l’autobus ne les dessert que depuis 2008, et encore pas beaucoup!, et plusieurs n’ont pas les moyens de posséder et de faire rouler une moto). Le gouvernement a fini par fermer les yeux sur cette règle il y a un an ou deux, mais le mal est fait…

Et bien sûr, qui dit pas de travail dit pas de moyens pour installer l’eau courante, et encore moins l’électricité, prolongeant la spirale de l’impossibilité de démarrer son petit commerce-maison si ce dernier nécessite un frigo, un congélateur ou une simple lampe!

La trame d’accueil est donc devenue le royaume de la débrouille, avec de petits commerces qui poussent mais qui peinent à survivre, les autres résidents n’ayant pas vraiment les moyens d’y consommer. Malgré tout, certains commencent à améliorer leur ordinaire, et à se dire que ça va finir par fonctionner, car le centre-ville va se déplacer dans leur secteur d’ici quelques années (les ministères et les grandes entreprises se reconstruisent les uns après les autres dans le chic quartier voisin de Ouaga 2000). D’autres refusent d’adapter leurs ambitions au nouveau contexte et restent chez eux à accabler le gouvernement et à rêver de refaire exactement ce qu’ils faisaient avant, mais qui n’est plus du tout possible à la trame…

Au sortir d’une journée à recueillir leurs témoignages, j’étais plutôt pessimiste, et accablée par tant de misère… Voir une fillette de 11 ans faire ce qui ressemble à une crise d’épilepsie sur le sol en terre devant soi « parce que ses parents n’ont pas les 13 000 francs CFA (26$ CAN) par mois pour payer son médicament », ça vient te toucher au coeur et ça fait très mal!

La cours commune d'une famille de déplacés à la trame d'accueil de Ouaga 2000.

La cour commune d’une famille de déplacés à la trame d’accueil de Ouaga 2000

Ironie du jour : ce terrain collectif en terre battu porte le nom «d'espace vert»!

Ironie : ce terrain collectif en terre battue porte le nom « d’espace vert »!

L'une des deux bornes-fontaines du quartier, pour les nombreux résidents qui n'ont pas l'eau courante dans leur cours... et encore moins dans leur maison!

L’une des deux bornes-fontaines du quartier, pour les nombreux résidents qui n’ont pas l’eau courante dans leur cour… et encore moins dans leur maison!

La spéculation des terrains à fait que des gens fortunés sont venus acheter des terrains à la trame pour se construire de grosses maisons... Et ne consomment rien dans le quartier, évidemment!

La spéculation sur les terrains a fait que des gens fortunés sont venus acheter des parcelles à la trame pour se construire de grosses maisons… Et ils ne consomment rien dans le quartier, évidemment!

La preuve que la trame d'accueil est loin du centre-ville : aux limites du quartier, la brousse.

La preuve que la trame d’accueil est loin du centre-ville : aux limites du quartier, la brousse.

Le second volet de ma recherche concerne l’aménagement de la ZACA elle-même. Car, si les travaux sont censés se terminer en 2014, dans les faits, il y a encore de grands terrains vagues au centre-ville, et des chantiers qui semblent abandonnés. Quoi de plus frustrant pour les déplacés, qui se disent qu’ils auraient bien pu y rester quelques années de plus!

Cet axe routier tout neuf aura le temps de vieillir - et l'herbe de pousser entre les pavés- avant d'être entouré de bâtiments.

Cet axe routier tout neuf aura le temps de vieillir – et l’herbe de pousser entre les pavés – avant d’être entouré de bâtiments. (Remarquez le troupeau de chèvres qui traverse le centre-ville!)

Un des chantiers de ZACA, l'Hôtel administratif du Centre, c'est-à-dire des tours à bureaux de fonctionnaires.

Un des chantiers actifs de ZACA, l’Hôtel administratif du Centre, c’est-à-dire de futures tours à bureaux pour les fonctionnaires.

Une preuve que ça avance, tranquillement... Des pavés en attendre d'être posés.

Une preuve que ça avance, tranquillement… Des pavés en attente d’être posés.

J’avoue que je n’avais pas grand espoir de voir un responsable du projet répondre à mes questions – l’État burkinabè n’est ni très communicatif ni très transparent, après tout! – mais c’était sans compter sur ma bonne étoile. Il se trouve que le frère de mon chef de reportages au Pays est le directeur de la communication du ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme… Qui m’a offert toute l’aide possible, merci aux sacro-saintes relations familiales africaines! J’ai donc pu solliciter une rencontre avec le directeur général du projet, qui n’a eu d’autres choix que d’accepter. Je ne peux rapporter ses propos ici, parce que j’ai promis qu’ils seraient retranscrits uniquement dans ma recherche, mais je peux dire que j’ai recueilli du croustillant… Mes réflexes de journaliste habituée à soutirer les « vraies » réponses aux gens redevables au public m’ont bien servi!

Tout ça pour dire que cette recherche m’a fait réaliser sans l’ombre d’un doute que je suis beaucoup plus à l’aise dans mon rôle de journaliste que dans celui de chercheure en sciences humaines. Entrer chez des gens qui n’ont rien demandé et leur faire raconter leur vie pour le seul « avancement » de la discipline géographique me met hautement mal à l’aise, alors que remettre le nez d’un directeur de projet d‘État dans ses propres contradictions me procure une très grande satisfaction… Satisfaction beaucoup moins grande que d’habitude, cependant, parce que je ne peux rendre publics ses propos, et que cette interdiction ôte selon moi une grande part de légitimité à mon travail.

Le bon côté, par contre, c‘est que cela m’a permis de m’imprégner quelque peu de la vie des Ougalais d’un quartier très populaire, et d’en savoir plus sur leur quotidien. Un apprentissage qui servira ma réflexion bien au-delà du cadre scolaire!

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Le retour du flâneur

7 avril 2013 at 11:19 (Castor canadensis)

« Le retour du flâneur » : cette chanson du groupe québécois Beau Dommage a été adoptée comme hymne par votre gnou favori.

« Je suis revenu dans le quartier,
Revenu pour y rester…
C’est le retour du flâneur
Après un long détour. »

Beau Dommage, Le retour du flâneur (1994)

Comment ne pas croire que ce refrain n’a pas été écrit en pensant à la migration des gnous? S’il y a un être vivant dont la spécialité est les longs détours, c’est bien lui! Parlant de détours, la dernière intervention du gnours polaire sur ce site remonte à plus d’un mois. Je vous entends vous demander : « Mais qu’a-t-il fait durant tout ce temps ? »

Eh bien, durant tout ce temps, il a tenté de résoudre son quasi insoluble problème, à savoir : quelle nourriture choisir? Rappelons que votre gnours polaire est né de la combinaison d’un herbivore et d’un carnivore, ce qui en fait d’office un mangeur de viande végétarien. Cruel dilemme!

Lors de sa dernière intervention, ledit gnours était à la recherche d’Ouragan, le personnage vedette d’une émission de Radio-Canada qu’un internaute décrit ainsi : « Au début de l’émission, on voyait le personnage principal, Ouragan (interprété par Lionel Villeneuve), qui se battait avec un ours noir. Il y avait un gros plan où on le voyait ramasser une grosse pierre et il tuait l’ours avec cette pierre. Tout un héro(sic)! ».

Vous aurez sans doute tous (???) compris qu’il recherchait « Ours-à-gants » pour lui demander comment, le gnours polaire pourrait en devenir un lui aussi, car le froid, peu répandu dans sa contrée natale, l’empêchait de réfléchir. Il se proposait aussi, s’il ne pouvait percer cet insaisissable secret, de supprimer cet ours pour lui voler ces fameux gants…

Le mythique Ours-à-gants...

Le mythique Ours-à-gants (merci Google Images!)

Après quelques semaines de vaines recherches ardues, il doit maintenant se résoudre à abandonner sa quête qui s’apparente à la lutte de Don Quichotte contre les moulins à vent car, même Internet n’avait qu’un ténu souvenir de cet Ouragan (voir plus haut)! 

Toutefois, cet abandon est d’autant moins dramatique qu’il commence à faire beaucoup plus chaud au pays de Jordin Tootoo, éminent (?) joueur de hockey né à Churchill, au Manitoba, la capitale mondiale des ours polaires. Vous noterez en passant que M. Tootoo  porte des gants, comme il sied à tout être vivant qui a grandi au Nunavut!

Même si son chandail affiche un titre à dents de sable, Jordin Tootoo a vécu au royaume des ours polaire!

Même si son chandail affichait un tigre à dents de sabre, Jordin Tootoo a bien vécu au royaume des ours polaire!

Quoi qu’il en soit, le problème de nourriture n’ayant pas encore été résolu, le gnours est d’une maigreur affolante qui se situe entre les deux extrêmes suivants :

xxx

Un gnou au sommet de sa forme (Merci Flick!)

et

xxx

Un gnou dont la date d’expiration est passée (merci Flick!)

Cela oblige donc ledit gnours polaire à aborder de front son principal problème : « Qu’est-ce qu’on mange? » À titre de bête mythique un peu timbrée, il peut se permettre de reprendre ses recherches sur Internet à l’aide son SGA personnel, SGA ne signifiant pas Satellite Géostationnaire Anik, utilisé couramment pour fournir l’accès Internet en Arctique, mais bien «Système Gnoutique Adapté», à savoir un vulgaire téléphone intelligent implanté dans les cornes du gnou… Comme quoi le téléphone peut être plus intelligent que son propriétaire!

À la fameuse question du mois, voici la première réponse qu’il trouve :

xxx

Le gnou trouvera-t-il à se sustenter?

Il s’agit d’un livre publié par les Cercles des Fermières du Québec. Cette réponse ne lui est d’aucune aide, car, il ne peut comprendre en quoi des recettes de « Boules aux figues et au chocolat » ou encore de « Côtelettes de porc glacées au sirop d’érable » peuvent lui être d’un secours quelconque.

Comme dans le cas de l’« Ours-à-gants » et de Don Quichotte, il doit donc poursuivre sa quête. Nous saurons la prochaine fois où cette dernière l’a mené… À l’église, endroit réputé pour ses quêtes et ses miracles? Chez Jean Coutu*, où l’« on trouve de tout, même un ami » et qui sait, un autre gnours? Ou encore chez Mondou*, fournisseur de nourriture pour les animaux et de câlins*, dont le gnours a aussi besoin, compte tenu de son apparence défraîchie?

(*) : Le nom de ces entreprises et/ou de leurs produits n’apparaissent ici qu’en raison de leurs publicités relativement connues au Québec, publicités qui s’intègrent très bien à l’univers du gnours polaire, qui actuellement « N’en veut pas une froide! », parole de Coors Light*, mais qui apprécierait bien « Le lait qui réchauffe le cœur »*.

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24-26 mars : Petite immersion québécoise à Dédougou

3 avril 2013 at 7:24 (Burkina Faso)

Décidément, après être restée sans sortir de Ouaga pendant près de deux mois, j’ai la bougeotte! Moins de 24 heures après être rentrée de Ouahigouya avec mon vélo, mon linge sale et mon 15 kg de patates, j’étais assise dans un autobus mauve de la Compagnie Sahélienne de Transport et de Représentation (CSTR) en direction de Dédougou, une ville de la Boucle du Mouhoun, du nom d’une rivière (nommée Volta Noire du temps de la Haute-Volta pré-révolutionnaire*) qui passe par là. Et entre-temps, j’ai eu le temps de laver mes habits à la main dans la cour, de regarder les Étalons planter le Mena du Niger 4-0 avec mes voisins en buvant du thé et de participer à la réunion de rédaction du dimanche matin au journal. Efficace la fille, n’est-ce pas?

La route!

La route parcourue

Un des anciens noms de la ville de Dédougou est Dèèdu, soit «je suis heureux» en langue bwamu. Après quatre heures de bus non climatisé qui roule dans la poussière sur une route pas encore goudronnée au complet, j’étais en effet bien heureuse de retrouver un petit contingent de personnes qui, même si je ne les connaissais pas personnellement, me semblaient d’avance plus familières que toutes les autres croisées jusque qu’alors. Et pour cause : des représentants de l’Union des producteurs agricoles du Québec – Développement international (UPA DI), de l’Oeuvre Léger et du journal agricole La Terre de chez nous. Et le lendemain, l’ambassadeur du Canada en personne s’est déplacé!

Car j’étais à Dédougou pour couvrir les célébrations des 20 ans d’existence de l’Union des Groupements pour la Commercialisation des Produits Agricoles de la Boucle du Mouhoun, une organisation créée en partie sous l’impulsion de l’UPA DI et subventionnée durant ses 10 premières années par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), qui appuie aujourd’hui financièrement un nouveau projet de résilience aux changements climatiques. L’occasion m’avait été fournie par une amie, dont la mère travaille à l’UPA… Merci Sophie, quel bonheur de ressortir son accent et ses expressions québécoises des boules à mites! Et un petit séjour à l’hôtel climatisé, ça se prend bien aussi!

À l'UGCPA/BM, chaque surplus de céréale à commercialiser est ensaché avec toutes les informations sur le producteur, puis entreposé dans les magasins-entrepôts commun.

À l’UGCPA/BM, chaque surplus de céréales à commercialiser est ensaché avec toutes les informations sur le producteur, puis entreposé dans les magasins-entrepôts communs en attendant sa vente.

Donc, j’ai assisté à ladite cérémonie de commémoration des 20 ans de l’UGCPA/BM (si vous aviez à quel point ils aiment les acronymes ici, c’est à en perdre son mooré!), où, juste pour me mélanger, le français était traduit en… dioula. Il faut dire que Dédougou est à la frontière avec le pays Bobo, où l’on parle le dioula, la seconde langue la plus parlée au Burkina. Mon article en ligne ici. Et voici quelques photos qui elles, se passent de traduction!

Ouitien Dembele, un des artistes-agricultueurs de la région qui a égayé la cérémonie.

Ouitien Dembele, un des artistes-agriculteurs de la région qui a égayé la cérémonie.

Un autre des costumes traditionnels de Ouitien Dembele.

Un autre des costumes traditionnels de Ouitien Dembele.

Une troupe de danse traditionnelle locale qui a participé à quelques festivals internationaux.

Une troupe de danse traditionnelle locale qui a participé à quelques festivals internationaux.

Le secrétaire général de l'UPA DI, André Beaudoin, a remis un bâton de la parole au président de l'UGCPA\BM. La pièce a été réalisée expressément pour l'occasion par une artisane huronne-wendat de Wendake, près de Québec.

Le secrétaire général de l’UPA DI, André Beaudoin, a remis un bâton de la parole au président de l’UGCPA\BM, Bonzi Nonyèza. La pièce a été réalisée expressément pour l’occasion par une artisane huronne-wendat de Wendake, près de Québec.

L'ambassadeur canadien au Burkina, Ivan Roberts, n'a pu s'empêcher d'évoquer avec regret la disparition prochaine de l'ACDI, où il a travaillé durant 22 ans.

L’ambassadeur canadien au Burkina, Ivan Roberts, n’a pu s’empêcher d’évoquer avec regret la disparition prochaine de l’ACDI, où il a travaillé durant 22 ans.

Aux invités de marque, dont l'ambassadeur, on a remis un bouc soigneusement identifié!

Aux invités de marque, dont l’ambassadeur, on a remis un bouc soigneusement identifié!

Le soir, j’ai mangé au maquis avec le Québécois installé à demeure à Dédougou pour l’UPA DI et le journaliste de La Terre de chez nous, qui en était à sa première visite en Afrique. Discussions intéressantes!

Le lendemain, j’ai eu la chance de visite une productrice agricole au parcours atypique, qui comprend la possession personnelle d’une partie de ses terres et un prêt pour doubler (et plus!) son cheptel de bétail. Impressionnant! Il faut savoir que la Boucle du Mouhoun est considérée comme «le grenier du Burkina» et que les céréales y poussent très bien. Le bissap – ou fleur d’hibiscus – avec lequel on fait mon jus préféré, aussi.

Madame Kafando, une productrice pionnière de la Boucle du Mouhoun, et une partie de son troupeau

Madame Kafando, une productrice pionnière de la Boucle du Mouhoun, et une partie de son troupeau

Une belle mule de Dédougou!

Une belle mule de Dédougou!

Suzanne Traoré, présidente de la section bissap de L'UGCPA/BM et une partie de la récolte... Le bissap est le nom ouest-africain donné à la fleur d'hibiscus.

Suzanne Traoré, présidente de la section bissap de l’UGCPA/BM et une partie de la récolte… Le bissap est le nom ouest-africain donné à la fleur d’hibiscus. (Elle porte le pagne traditionnel tressé, dont j’ai reçu un exemplaire – orné de motifs de poissons – à Ouahigouya)

Ensuite, après quelques heures d’une assemblée générale bilingue dioula/français centrée sur la question des assurances agricoles et un dîner collectif, j’ai eu la chance de reprendre la route de Ouaga en «pick-up» (on dit «bâché», ici) tout neuf… Merci UPA DI! Le trajet de retour a donc été plus court, plus climatisé et surtout rendu plus agréable par la discussion sur tout et rien en Afrique… Avec des Québécois! Les liens avec la maison, c’est parfois peu de choses, mais ça rassure et ça requinque!

Selon les bonnes habitudes apprises à Ouahigouya, j’ai ramené des produits de la région dans mon sac à dos. Cette fois, quatre sachets d’un délicieux yogourt et une petite meule de tomme au lait de vache artisanal faits par des sœurs de la place. Miam! Manquait juste le gâteau au fromage (décidément, l’absence de dessert m’affecte plus que je le croyais!)!

Mauvaise photo, mais très bon fromage!

Mauvaise photo, mais très bon fromage!

Finalement, le dernier jour de son passage au Burkina, j’ai accompagné mon collègue journaliste dans la ville, lui racontant ce que j’en savais… Et prenant quelques photos comme une vraie touriste, pour une fois! La parenthèse québécoise s’est terminée devant une pizza aux anchois. Le lendemain, leur avion parti, c’était retour au riz gras!

On transporte de tout sur un vélo... Et on circule sans problème sur l'autoroute!

On transporte de tout sur un vélo… Et on circule sans problème sur l’autoroute!

Les barrages de Ouaga abritent aussi des jardins, moins prospères que ceux de Goinré.

Les barrages de Ouaga abritent aussi des jardins, moins prospères que ceux de Goinré.

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Le rond-point des Martyrs, sur la route de la Présidence du Faso à Ouaga 2000. Les monuments qui décorent les ronds-points de la ville sont tous un peu particuliers…

* Petit cours rapide d’histoire-géo du Burkina Faso depuis 1900

Après avoir fait partie de la Fédération de l’Afrique orientale française jusqu’en 1919, le territoire devient la colonie de Haute-Volta, ainsi nommée parce qu’elle abrite le bassin du fleuve Volta, qui se rend jusque dans le golfe de Guinée, et dont les trois plus grands affluents sont la Volta Noire (aujourd’hui le Mouhoun), la Volta Rouge (le Nazinon) et la Volta Blanche (le Nakambé). En 1932, la colonie est supprimée et partagée entre le Niger, le Soudan français et la Côte d’Ivoire. Puis, en 1947, une loi rétablit la Haute-Volta dans son territoire de 1919 et la colonie reprend son nom, qu’elle gardera à son indépendance, le 5 août 1960.

Le pays prendra son nom actuel de Burkina Faso (Burkina signifie «intègre» en mooré et Faso, «terre des pères, mère patrie» en en dioula, les deux langues majoritaires du pays, donc «le pays des hommes intègres») le 4 août 1984, sous la présidence du révolutionnaire marxiste-léniniste Thomas Sankara, arrivé au pouvoir par coup d’État le 4 août 1983. Sankara a changé la face du pays dans une foule de domaines (logement, éducation, transport, politique, etc.) durant 4 ans, avant d’être assassiné dans des circonstances nébuleuses le 15 octobre 1987. Selon la rumeur populaire, Blaise Compaoré, l’actuel président du Burkina – en poste depuis 1987 – et fidèle ami de Tom Sankara, comme on dit ici, aurait quelque chose à voir dans cette histoire…

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Le «six pack mystère » de l’Esturgeon laurentien!

31 mars 2013 at 11:49 (Esturgeon laurentien)

Sachant que la tête de mule qui tient ce blogue aime bien la bière, j’ai décidé d’écrire un petit billet qui pourrait l’intéresser.

Certains savent qu’il y a deux mois, j’ai fait l’achat d’un « six pack mystère » au Dépanneur Peluso sur la rue Rachel, dans l’est de Montréal. Cet endroit est reconnu pour son choix impressionnant de bières de microbrasseries québécoises. Parmi les découvertes de cette caisse bien spéciale, plusieurs bières fortes (appropriées pour l’hiver!) telles la bien connue Eau bénite d’Unibroue et La Pénombre, de la microbrasserie Dieu du Ciel, une bière noire très amère, ainsi qu’un sympathique sous-verre en cuir frappé au logo de la stout impériale russe de Saint-Ambroise.

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Chouette sous-verre en cuir

J’ai bien aimé le concept, puisque je ne sais jamais véritablement quoi choisir parmi l’incroyable sélection du dépanneur et que le prix est dur à battre… Bref, j’ai décidé de rééditer l’expérience en achetant un deuxième « six pack mystère » !!!

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Six-pack mystère numéro 2

Qu’y avait-il dans cette seconde caisse? Cette fois-ci, le printemps approchant, une sélection plus légère : une blonde, une pale ale, une lager, une brown ale et une bière forte que je connais comme plusieurs déjà plutôt bien – et qui était dans la première caisse -, c’est-à-dire l’Eau Bénite d’Unibroue. C’est une bière forte dont le goût n’est pas désagréable. Elle est épicée, et la bouteille que j’ai ouverte était extrêmement pétillante et «moussante» : heureusement que j’étais près de l’évier!

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Le contenu diversifié de ladite caisse

Autrement, la brown ale Le Déserteur, des Brasseurs illimités de Saint-Eustache, à laquelle j’avais aussi déjà goûté grâce à ma première caisse mystère, était excellente, avec un petit goût de noix si je me rappelle bien.

La place du marché, d’une microbrasserie dont j’ai oublié le nom, est une pale ale loin d’être ennuyeuse pour le palais, mais pour de mauvaises raisons. Elle avait un gout légèrement fruité qui était intéressant, mais aussi une pointe un très acide : c’était comme mordre dans un citron a chaque gorgée. Bref, j’ai peut-être attrapé une mauvaise bouteille?

Jusqu’à maintenant, ma préférée est la MTL Premium Lager, qui bien que pâlotte, me rappelait vaguement le goût de l’eau d’érable. J’avais entendu parler de bières noires et brunes à gout d’érable, mais c’est bien la première fois que je retrouve cet arôme dans une bière pâle… Qui ne mentionne aucunement cet ingrédient sur la bouteille… Étrange!

Jusqu’à maintenant, voilà les bouteilles que j’ai testées. Je vous ferai la critique des deux autres – la Simple Malt Golding Pale Ale des Brasseurs illimités et la Saint-Ambroise IPA (India Pale Ale) – un peu plus tard. 🙂

Signé l’Esturgeon laurentien!

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21 mars : De la verdure et de l’eau, enfin!

31 mars 2013 at 10:01 (Burkina Faso)

Aujourd’hui, Fati m’a fait un cadeau inestimable : m’amener visiter le barrage de Goinré, à la sortie de Ouahigouya. Cette grande étendue d’eau artificielle est entourée de parcelles où les paysans cultivent des choux, du maïs, des oignons, des tomates, des concombres, des carottes, des pommes de terre, alouette… Pour une fille de la campagne qui a grandi entourée de verdure et d’étendues d’eau, mais qui vit depuis janvier dans un pays sec et pas très vert, c’est le bonheur! En prime, ça sent bon les légumes qui poussent!

Un champ de choux tout vert... et de l'eau. Wow!

Un champ de choux tout vert… et de l’eau. Wow!

Plusieurs des cultivateurs travaillent avec des  arrosoirs. Les plus prospères utilisent des pompes électriques.

Plusieurs cultivateurs travaillent avec des arrosoirs. Les plus prospères ont des pompes électriques.

Ma très gentille logeuse et amie, accessoirement ladirectrice de la Radio Wend Panga, Fatimata.

Ma très sympathique logeuse et amie, également directrice de la Radio Wend Panga, Fatimata Ouédraogo, dite Fati.

En voyant la production autour du barrage, on comprend pourquoi la culture maraîchère est le cœur de l’économie locale. Surtout la pomme de terre, qui est réputée dans tout le pays. D’ailleurs, j’ai compris que quand on voyage au Burkina, la coutume est de rapporter à sa destination de départ quelque chose de spécifique à la région que l’on a visité. Résultat : j’ai transporté 15 kg de patates (pas toutes pour moi!) et 3 kilos de mangues dans la soute du bus au retour, en plus de mon sac et de mon vélo!

Par contre, je sais bien que la situation n’est pas toujours verte. Le barrage connaît de sérieux problèmes d’ensablement. Et même si plusieurs ouvrages hydrauliques ont été réalisés, la dépendance à une bonne saison des pluies reste très forte et, si l’année n’est pas pluvieuse, de nombreux producteurs n’arrivent pas à produire, compte tenu de l’insuffisance de points d’eau dans plusieurs villages.

Voir des clichés du barrage en saison sèche prises par le photographe Jacques Pion ici, et un récit du quotidien des maraîchers ici.

(Ironie du sort : Pendant que je rédigeais ce billet, j’ai appris que mon «cher» gouvernement Harper avait retiré le Canada de la convention de l’ONU pour la lutte contre la désertification et la sécheresse, et ce sans même prendre la peine d’en avertir les Nations Unies… Je vous passe le chapelet de jurons! Plus d’informations sur cette décision hautement discutable ici et ici. )

La saison sèche est commencée....

La saison sèche est commencée….

Le niveau d'eau descend tranquillement.

Le niveau d’eau descend tranquillement…

Mais les manguiers prospèrent toujours.

Mais les manguiers prospèrent toujours.

Autrement, les céréales (mil, sorgho, riz, etc.) ne poussent pas dans la région, parce que les sols ne sont pas assez fertiles. Et comme le dit le site web de la commune : « l’agriculture dans la province du Yatenga est une agriculture de subsistance. Elle parvient difficilement à dégager des excédants susceptibles de générer des revenus monétaires nécessaires à l’émergence d’une économie de marché. »

Quoi qu’il en soit, la visite de cette oasis de verdure (et sans les faits quelque peu alarmants que je viens de vous exposer, appris par la suite!) m’a fait le plus grand bien mental et physique, même si j’ai bien failli m’étaler pas très élégamment dans la boue à quelques reprises!

Un autre barrage découvert à la brunante à la sortie de Ouahigouya. On y pêche et les enfants s'y baigne.

Un autre barrage découvert à la brunante à la sortie de Ouahigouya. Les habitants y pêche et y navigue en pirogue.

J'adore cette photo, qui représente bien les différentes réactions des petits Burkinabè quand ils me croisent : la gêne, le grand sourire et le cri «Nassara!» (le Blanc en mooré).

J’adore cette photo, qui représente bien les différentes réactions des petits Burkinabè quand ils me croisent : la gêne, le grand sourire et le cri «Nassara!» (le Blanc en mooré).

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16-23 mars : Une semaine de radio – et de repos! – à Ouahigouya

31 mars 2013 at 9:37 (Burkina Faso)

Ça y est, j’ai quitté Ouaga pour la première fois! Direction Ouahigouya, chef-lieu de la province du Yatenga, dans la région du Nord (voir la carte du billet précédent). Dans la soute de l’autobus, mon vélo – et mon casque! – parce que la commune a beau compter 65 000 habitants, il n’y a pas de taxi!

Donc, après 2h30 de route goudronnée, me voilà dans la capitale du royaume Mossi du Yatenga, dont le nom signifie « venez vous prosterner ».  On y parle la même langue qu’à Ouaga, le mooré, mais avec un accent différent… Et le français est beaucoup moins usité que dans la capitale. J’ai donc rapidement dû apprendre à prononcer correctement des formules de base telles « Ne-y yibeoogo! Zakaramba? » (Bon matin! Et la famille?), « Ne-y zaabré! » (bonsoir, à partir de 15 h) et ma préférée, « Yel ka bé! » (Y a pas de problème!). Parce qu’au Burkina Faso, vous savez, il n’y a jamais de problèmes avec quoi que ce soit, c’est bien connu! 😉

Au marché, tout ce passe en mooré... Alors je n'y vais jamais seule!

Au marché, tout ce passe en mooré… Alors je n’y vais jamais seule!

Cette semaine, j’ai vécu la vie des Burkinabè de classe presque moyenne, car j’étais hébergée chez la directrice de la radio où je travaillais, dans un célibaterium. Comme son nom l’indique, cette suite de petits logements (2 pièces chacun) avec une cour commune est conçue pour les célibataires, avec ou sans enfants. Et tous les voisins connaissent la vie des uns et des autres, parce que l’on ferme très rarement les portes durant la journée : il fait trop chaud! Chez Fatimata, il y a le courant électrique à l’intérieur, mais pas l’eau courante. Un robinet commun est installé dans la cour, et les toilettes communes sont turques (un simple trou dans le sol).

Le logement de Fati, au coeur d'un célibaterium.

Le logement de Fati, au coeur d’un célibaterium.

Le coin cuisine. Tous les bidons - et la grande poubelle jaune - sont remplis d'eau (transportée depuis le robinet extérieur dans la cour), en cas de coupure prolongée.

Le coin cuisine. Tous les bidons – et la grande poubelle jaune – sont remplis d’eau (transportée depuis le robinet extérieur dans la cour), en cas de coupure prolongée.

L'extérieur de la cour du célibaterium... Le deuxième étage, très pratique pour se repérer, est en construction.

L’extérieur de la cour du célibaterium… Le deuxième étage, très pratique pour se repérer, est en construction.

À Ouahigouya, les Nassaras (Blancs) sont rares, et ça impressionne beaucoup les enfants, dont mon gentil petit monstre de voisin, Zaina! Les deux premiers jours, je lui faisais peur... Ensuite, je suis devenu son «jouet» favori!

À Ouahigouya, les Nassaras (Blancs) sont rares, et ça impressionne beaucoup les enfants, dont mon gentil petit monstre de voisin, Zaina! Les deux premiers jours, je lui faisais peur… Ensuite, je suis devenu son «jouet» favori!

La raison première de mon séjour à Ouahigouya était un court stage à Radio Wend Panga (« La voix de Dieu », en mooré), propriété des Éditions Le Pays. Il faut dire que le fondateur, Boureima Jérémie SIGUE, est un Yadega, soit un fils du Yatenga. Il possède d’ailleurs une grande maison dans l’enceinte de la radio, qu’il habite lors de ses passages au Nord.

La maison du fondateur, et le bas de la (très) haute antenne, au rayonnement de 120 km, soit jusqu'au Mali.

La maison du fondateur, et le bas de la (très) haute antenne de la radio, au rayonnement de 120 km, soit jusqu’au Mali.

La facade de la radio

La façade des bureaux de la radio

Durant cinq jours, les auditeurs du 92,3 FM, qui peuplent les villages dans un rayon de 120 km autour de l’antenne (donc jusqu’au Mali!), ont pu entendre ma voix à l’accent caractéristique au radiojournal du midi, mais aussi dans une émission spéciale sur le Canada où l’on m’a posé toutes sortes de questions sur la place des femmes, la température, le monde du travail et le gouvernement. J’ai aussi pris part à une émission consacrée aux handicapés, animée par un technicien qui ne se déplace jamais sans ses béquilles et sa moto adaptée. J’y ai entre autres parlé de Stéphane Laporte, de Lise Thibault et de Jean Chrétien!

La chouette équipe de Radio Wend Panga

La chouette équipe de Radio Wend Panga

En plein radiojournal avec Hamed Nabalma et Edwige Wango, les deux journalistes de la station

En plein radiojournal avec Hamed Nabalma et Edwige Wango, les deux journalistes de la station

Finalement, on m’a demandé de préparer une « émission spéciale musique canadienne » de 30 minutes. Après pas mal de recherches dans ma bibliothèque iTunes pour tenter de trouver des chansons aux rythmes qui vont accrocher les Burkinabè, mais aussi aux paroles chantées assez lentement et dans un français plus ou moins international, j’ai choisi de leur faire entendre Alfa Rococo (Lever l’ancre), Félix Leclerc (Moi, mes souliers), Vincent Vallières (On va s’aimer encore), Yann Perreau (Beau comme on s’aime), Pierre Lapointe (Deux par deux rassemblés), Les Cowboys Fringants (8 secondes) et Leonard Cohen (Hallelujah). Selon les échos que j’en ai eu (et à voir le technicien danser sur sa chaise!), ce fut un succès sur toute la ligne! Je me suis amusée à le faire, en tout cas!

Autrement, contrairement à Ouagadougou, le rythme de travail y est pas mal plus « relax », si je peux m’exprimer ainsi. Et la pause-retour à la maison de 12 h 30 à 15 h est scrupuleusement respectée. Fati et moi parcourions le petit kilomètre qui nous séparait de la radio (dont une belle colline qui prend les mollets!) pour écouter une série ininterrompue de telenovelas en mangeant du riz, des pâtes, des patates ou du couscous. Le câble donne accès à plusieurs chaînes de la sous-région (Mali, Tchad, Sénégal, Cameroun, Côte d’Ivoire…), et il semble qu’elles se soient synchronisées pour que les feuilletons à l’eau de rose brésiliens, mexicains, argentins, indiens, etc. se succèdent : Teresa, Daniella et plein d’autres dont j’ai oublié le nom, certaines avec des narcotrafiquants, une avec un médecin qui veut cloner des humains sans le dire aux femmes enceintes, une où un Brésilien se déguise en femme voilée au Maroc pour enlever sa dulcinée… Des heures de plaisir, je vous dis!

Autrement, le soir, il fait bon sortir dans l’air presque frais, sous les étoiles et la presque pleine lune, dans des maquis où il n’y a pas de lumière, mais de la Brakina bien fraîche ou encore du (mauvais) vin rouge que l’on sert avec beaucoup de glace, au maquis de la Maison des jeunes ou encore au célèbre Caïman, un restaurant en plein air qui sert du poulet télévisé délicieux. Je suis aussi aller danser dans un « club » extérieur bien rempli un dimanche soir… Les vacances quoi! Et le sommeil qui suit est meilleur qu’à Ouaga, parce que l’aération des quartiers beaucoup moins peuplés fait baisser la chaleur de fournaise.

Des quartiers «non lotis », c'est-à-dire de développement spontané, sans les infrastructures de base.

Des quartiers «non lotis », c’est-à-dire au développement spontané, sans plusieurs des infrastructures de base.

Sinon, comme touriste, j’ai visité le barrage de Goinré (voir le prochain billet) et, si ce n’était pas de la guerre au Nord Mali, j’étais sur la route parfaite pour le mythique (et de plus en plus touristique!) pays dogon malien… Mais ça sera pour une prochaine fois, parce que les Blancs sont surveillés de très près! J’ai dû m’inscrire à la gendarmerie, donner des copies de passeport et de visa, et ma logeuse a eu à répondre de moi au cours de la semaine… C’est sérieux, ici, la sécurité des Nassaras!

Ce qui ne m’empêchera pas de revenir à Ouahigouya fin avril, avec Louis. Fati m’a promis une visite dans son village, à 30 km de la ville, en pleine brousse, sans électricité et avec un seul puits pour tout le monde. D’ailleurs, elle y fait le commerce des sachets d’eau fraîche, qu’elle fait congeler (on dit «former» ici) chez elle et envoie au village par autobus dans des glacières. Une vraie oeuvre d’utilité publique quand on connaît la sensation de bonheur indicible qui accompagne chaque gorgée d’eau froide bue quand le mercure dépasse 50 degrés!

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16 mars : Départ pour une semaine dans le Sahel

15 mars 2013 at 7:20 (Note de la rédaction)

Un tout petit mot pour vous avertir que je me ferai probablement calme dans la prochaine semaine, car je serai à Ouahigouya, la troisième plus grande ville du Burkina Faso, située dans la région sahélienne, pas très loin du Mali. Les Éditions Le Pays y ont une radio nommée Wend-Panga 92,3 FM, et j’y ferai un court stage de 5 jours.

Suivez la flèche!

Suivez la flèche… Il y a 200 km entre les deux villes!

Je profiterai de cette « mission », comme on dit ici, pour remplir mes yeux – et ma caméra – de paysages nouveaux et de réalités burkinabè plus « villageoises ». Je vous en redonne des nouvelles au retour! D’ici là, portez-vous bien, chers lecteurs!

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15 mars : Qu’est-ce qu’on mange au Burkina? Du riz, du riz, encore du riz… et parfois des viandes grillées!

15 mars 2013 at 6:51 (Burkina Faso)

Qu’on le veuille ou non, la nourriture locale est un élément important d’un voyage, surtout si sa durée se compte en mois. Voici donc un aperçu de ce qui se retrouve dans mon assiette au quotidien…

Merci à gastronomie.burkina24.com pour la plupart des photos, et à Google Image pour les autres. Parce que, contrairement à plusieurs, je n’ai vraiment pas le réflexe de sortir mon appareil photo au maquis (resto-bar de quartier)! Mais j’essaierai d’en rajouter quelques-unes de mon cru d’ici la fin du voyage!

Donc, l’élément central de l’alimentation de mes collègues burkinabè – et par conséquent la mienne tous les midis – est le riz. Plus précisément un grand plat de riz blanc (au moins une livre par assiette, alors vous comprendrez que je commande un demi-plat!) accompagné d’une sauce et d’un tout petit bout de poisson ou de viande. Heureusement, les sauces varient : aux légumes, à l’aubergine, aux tomates ou, ma préférée, aux arachides (ça goûte la bouffe asiatique!).

Dans l’autre version populaire, appelée riz gras, le riz est cuit dans du bouillon avec des tomates et des oignons et accompagné de chou bouilli, en plus du traditionnel petit bout de protéine.

Un plat de riz gras... Bien que j'ai rarement de la tête de poisson, plutôt un petit bout avec la queue!

Un plat de riz gras… Bien que j’ai rarement de la tête de poisson, plutôt un petit bout avec la queue!

Quant au riz soumbala, il s’agit d’un riz parfumé dans lequel ont ajoute un genre de petites lentilles brunes, qui sont en fait des graines d’un arbre, le névé, que l’on a fait fermenter. C’est bon, mais très bourratif et odorant.

Le soumbala, soit les graines de néré fermenté, avant d'être pilé.

Du soumbala, soit des graines de néré fermentées, avant d’être pilé.

Sinon, les Burkinabè raffolent du tô, une pâte pâle obtenue par la cuisson de farine de mil, de maïs, de manioc, d’ignames pilés ou de sorgho, dépendant de la région. On en façonne de petites boules avec ses mains et on le trempe dans une sauce, souvent verte. Cette sauce peut être dite « feuille », à base de feuilles de baobabs séchées, « gombo », préparée à base d’okra et très gélatineuse, oseille ou autre. Le tô est un aliment de base dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest, il change seulement de nom : foutou au Ghana et en Côte d’Ivoire, foufou au Togo ou plakali, encore en Côte d’Ivoire… et sûrement d’autres dont je n’ai pas encore entendu parler!

Un plat de tô, sauce feuille

Un plat de tô, sauce feuille

Bon, franchement, ça a beau être le plat national, je ne suis vraiment, mais alors vraiment pas, une adepte! Oups… Quand on m’en offre gentiment, je me force pour deux ou trois bouchées et je « donne » le reste, au plus grand plaisir de mes compagnons!

Si ça vous amuse d'essayer de faire du tô... Mais ne prenez pas la peine de m'inviter! ;-)

Si ça vous amuse d’essayer de faire du tô… Mais ne prenez pas la peine de m’inviter! 😉

Je m’en sors mieux avec le ragoût d’igname, soit des morceaux d’un tubercule semblable à la patate douce servis dans une sauce huile-tomate-oignons avec un petit bout de protéine animale. La version haricots verts-patates n’est pas mauvaise non plus, bien qu’un peu grasse.

Le grand luxe : poulet télévisé, brochettes et porc au four

Le soir, quand je sors manger et/ou fêter avec des expatriés, je me permets quelque chose que je me sentirais gênée de faire devant mes collègues : m’acheter de la viande!

C’est du luxe, car si un plat de riz sauce peut valoir 300 FCFA et un riz gras 500 (environ 60 sous et 1,05$), un poulet télévisé se détaille au minimum 2 500 FCFA (plus de 5$). Mais ça en vaut plus que la peine, parce que c’est dé-li-cieux! Et je pèse mes mots, petite-fille de boucher que je suis.

La variété locale des volatiles, élevée en plein air partout dans la ville, porte le nom de « poulet bicyclette », en référence aux mollets de cycliste développés par les courses folles sur les voies publiques. Tous les soirs, un nombre astronomique d’entre eux se transforment en « poulets télévisés », nommés ainsi parce que grillés sur le bord des rues dans des fours vitrés où l’on peut voir les rangées de bêtes assaisonnées qui cuisent en tournant. À la demande, ils sont dépecés en quelques morceaux (c’est vraiment pas très gros ni charnu, un poulet bicyclette!) pour être mangés avec les doigts, généralement accompagnés de frites de pomme de terre ou d’alloco, des rondelles de bananes plantains frites. C’est cent fois meilleur que du St-Hubert, croyez-moi!

Une télévision à poulets... ;-)

Une télévision à poulets… 😉

L’autre plat qui me fait saliver est le porc au four (prononcer porco-four), soit une assiette remplie de morceaux plus ou moins reconnaissables (qui dit oreille, qui dit cartilage, qui dit pied?) de cochon mariné et grillé dans de grands fours extérieurs que l’on mange avec des cure-dents. Carnivore à souhait, mais tellement bon! La version musulmane, à laquelle je n’ai pas encore goûté, est le mouton au four.

Le découpage du porc au four, avant la dégustation

Le découpage du porc au four, avant la dégustation

Finalement, les brochettes, généralement de chèvre, de bœuf ou de foie, sont un accompagnement parfait à la bière de fin de soirée (ou à la clôture d’un évènement de presse!). À 100 FCFA (20 sous) chacune, elles remplissent bien un petit creux. Sauf qu’une fois trempées dans le sempiternel piment qui accompagne toute nourriture ici, elles donnent soif!

Un vendeur de brochettes à l'oeuvre

Un vendeur de brochettes et de sandwich à l’oeuvre

L’hydratation, une obligation

Quand il fait plus de quarante degrés dehors, c’est inévitable, on a tout le temps soif. J’ai beau traîner ma gourde dans mon sac et m’acheter des sachets d’eau un peu partout quand j’ai besoin de fraîcheur, parfois, j’en ai marre de l’eau! Heureusement, les options liquides sont nombreuses ; plus que celles alimentaires, j’ai bien l’impression.

Hautement non-écologique, mais tellement pratiques, les sachets d'eau que l'on achète frais dans les maquis.

Hautement non-écologiques, mais tellement pratiques, les sachets « d’eau de forage » que l’on achète frais dans les maquis, où ils sont gardés au congélateur ou dans des glacières. Il faut se méfier de la contrefaçon, par contre, au risque d’être malade!

Donc, outre les « sucreries » (boissons gazeuses) comme le Coke, le Sprite, les différentes variétés de Fanta et de Youki, dont la chouette version « moka café », il y a les jus naturels. Mon préféré est sans contredit le bissap, que je buvais déjà au Cameroun. Il s’agit d’une infusion d’oseille de Guinée (Hibiscus sabdariffa) additionnée de sucre et parfois de menthe, puis congelée. J’en suis accro, mais heureusement pour moi et pour tous les Africains de l’Ouest, c’est rempli de vitamine C, de propriétés antimicrobiennes et diurétiques!

Des fleurs d'hibiscus, ingrédient de base du bissa

Des fleurs d’hibiscus séchées, ingrédient de base du bissap

J’aime bien aussi le jus de pain de singe, fait à partir de la pulpe du fruit du baobab (aussi appelé toédo). C’est blanchâtre, doux et sucré, et lui aussi riche en vitamine C.

Un pain de singe frais

Un pain de singe avant transformation

Les amateurs de gingembre aimeront le jus de gingembre-tamarin, que je trouve personnellement trop piquant. De l’autre côté du spectre, il y a le plutôt fade zoomkoom, de l’eau de farine de mil (en mooré, zoom veut dire farine et koom, eau) assaisonnée de gingembre et de citron.

Sinon, côté alcool, les Burkinabè (conjugué au masculin dans ce cas!) aiment beaucoup la bière. Les deux marques locales sont les blondes Brakina et So.B.Bra, honnêtes et désaltérantes (quand elles sont fraîches), mais surtout, offertes en format de 650 ml… Heureusement qu’elles sont à moins de 5% d’alcool! Les bières habituelles de la sous-région, soit la Castel, la Beaufort et la Flag sont aussi disponibles – en grands et petits formats -, pour plus cher. Personnellement, j’ai adopté la Brakina!

Quand il fait chaud et qu'elle est bien fraîche, c'est le bonheur!

Quand il fait chaud et qu’elle est bien fraîche, c’est le bonheur!

Il n'y a presque plus de lion au Burkina... Sauf sur les étiquettes de bière!

Il n’y a presque plus de lion au Burkina… Sauf sur les étiquettes de bière!

L’alcool national est le dolo, à base de mil fermenté, que j’ai essayé une fois (ça ressemble pas mal au bili bili que j’ai bu à l’Extrême-Nord du Cameroun). Pas mauvais, mais au pourcentage d’alcool élevé et toujours inconnu, donc un peu hasardeux à boire sous le soleil! Même si, selon Burkina24 : « Grâce à la levure utilisée pour la fermentation, on attribue au dolo une bonne teneur en vitamines du groupe B (B1, B2, B6, B12) nécessaire pour le métabolisme du cœur, du cerveau, pour une peau saine, des ongles sains, comme vitamine anti stress et on le considère comme une boisson énergisante. »

Finalement, on ne manque pas de fruits frais et juteux : ananas, mangues, papayes, orange, et même des fraises (chère et pas très goûteuses cependant). Toutefois, j’avoue qu’il me manque un peu de dessert pour être satisfaite. Heureusement que les vaches élevées par les Burkinabè d’origine peule fournissent abondamment le pays en (bon) yogourt sucré… Je n’ai aucune idée de la teneur en matière grasse de celui-ci et c’est parfait comme ça! 😉

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11 mars : Pourquoi je suis si bien en Afrique (alerte à la psychopop!)

12 mars 2013 at 6:19 (Burkina Faso, Note de la rédaction)

À deux mois jour pour jour (déjà!) du retour, je pense avoir trouvé un-semblant-de-début-d’amorce de réponse à la sempiternelle question: « Qu’est-ce qui t’attire tant en Afrique? » 

Je pense qu’au fond, ce que j’apprécie au plus haut point de mes séjours sur le continent de Mandela et de Sankara, c’est « l’obligation » d’être différente de la moyenne.

Je m’explique. Depuis longtemps, je ne me sens pas du tout à l’aise dans la culture «consommation à tout prix / culte de l’apparence / primauté des moyens financiers » qui domine dans ma par ailleurs adorée province, le Québec (et par extension le Canada, les États-Unis et certaines contrées européennes). Je dirais même que je me donne pas mal de trouble pour aller à contre-courant : j’ai choisi mon métier par passion et vraiment pas pour le chèque de paie, je m’habille joyeusement dans les friperies et non dans les boutiques à la mode, je dépense tous les sous que j’accumule dans des voyages et des sorties exotiques avec les gens que j’aime, pas dans un REER (même si j’en ai un tout petit!) ou un condo, je vis dans le même petit 3 et demi un peu broche à foin depuis 8 ans… J’aime beaucoup la vie que je mène, mais pas le fait de souvent devoir justifier mes choix quelque peu « marginaux » selon les standards actuels.

Ce qui m’amène au sujet de ce billet : par la force des choses, en Afrique, je n’ai pas d’autres choix que d’être différente! Blanche, Occidentale, Canadienne, Québécoise, touriste, journaliste, émancipée, indépendante… Autant de traits de ma personne qui détonnent dans le paysage, mais qui en même temps me permettent d’être fondamentalement moi-même, parce que tenter de ressembler à la majorité locale est peine perdue dès le départ!

Et à Ouaga, je suis gâtée, parce que les Burkinabè sont des modèles de respect des différences. Personne ne me reproche mes actes ou mes opinions, ils cherchent seulement à comprendre… Quitte à renoncer si ce que je raconte sonne trop invraisemblable à leurs oreilles! « De toute façon, chez vous les Nassaras (Blancs), c’est pas comme au Burkina! » Un sésame qui me permet une franchise et une authenticité parfois lourde à assumer à la maison!

D’un autre côté, ces différences me font ressentir l’envie de m’intégrer un tant soit peu, surtout quand il s’agit choses simples à adapter et qui font tellement plaisir à ma société d’accueil : la coiffure et l’habillement. Le plaisir que je lis dans les yeux de mes collègues et des gens dans la rue quand ils découvrent que j’ai souffert durant des heures pour me faire tresser à l’africaine ou que je me suis donné la peine de me faire coudre des habits en pagne coloré, ça vaut de l’or! Et que dire du chandail des Étalons acheté pour les demies-finales et les finales de la Coupe d’Afrique des Nations; certains m’auraient nationalisée sur place!

Il y a aussi certaines ressemblances intrinsèques qui ressortent, même si leurs motifs ne sont pas les mêmes : les Burkinabès que je fréquente ne sont pas des consommateurs effrénés (ils n’en ont pas les moyens!), n’ont pas de modèle esthétique unique (logique, avec une soixantaine de peuples qui cohabitent sur le territoire) et sont très portés sur le partage (surtout alimentaire!).

En définitive, quand je vis en Afrique, je touche un peu au proverbial « meilleur des deux mondes » : je suis autant appréciée pour mes différences que pour les ressemblances que j’ai ou que je me crée, par choix, avec ceux qui m’entourent.

J'adore le Chat de Philippe Geluck!

J’adore le Chat de Philippe Geluck!

Fin de la parenthèse de psychologie de cuisine…  D’ailleurs, le prochain billet va parler de bouffe! 😉

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Une (mauvaise?) surprise pour le gnou : un lion de Ouagadougou!

12 mars 2013 at 5:34 (Burkina Faso)

Le lion de Ouagadougou en résidence au journal Le Pays... La ville est rempli de ses compatriotes!

Le lion de Ouagadougou en résidence au journal Le Pays… La ville est remplie de ses compatriotes!

Pour les non-initiés, le but de cette sympathique photo est de titiller la fibre anti-féline de mon gnou favori, qui leur a même déclaré la guerre ici. Sans rancune, le barbu! 😉

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23 février – 2 mars : Enrichissante découverte du cinéma africain au FESPACO

7 mars 2013 at 12:44 (Burkina Faso, Le journalisme au Burkina Faso)

Je me suis transformée en critique cinéma cette semaine… Et j’ai adoré mon incursion dans le très méconnu (pour moi) monde du 7e art africain. Merci au hasard, qui a fait que je me retrouve ici juste à temps pour la 23e édition du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).

Le Ciné Burkina, une des deux seules salles de projection en activité à Ouaga... Aucune salle n'a été construite au pays depuis la révolution (1983-1987)!

Le Ciné Burkina, l’une des deux seules salles de projection en activité à Ouaga… Aucune salle n’a été construite au pays depuis la révolution (1983-1987)! On ne le voit pas sur cette photo, mais un long tapis rouge y a accueilli les cinéphiles toute la semaine!

Étant de nature quelque peu prévoyante (!), j’avais bien pris soin de remplir une demande d’accréditation média cet automne, alors j’ai pu profiter de quatre projections de presse matinale pour ensuite écrire quelques critiques pour le journal. Je vous en copie les premiers paragraphes (cliquez sur les liens pour les lire au complet, sauf la dernière, qui n’est pas accessible sur Internet pour une raison obscure quelconque).

J’ouvre ici une parenthèse pour vous dire que, bizarrement, les journaux nationaux ont couvert à peu près tous les évènements reliés de près ou de loin au festival… Sauf les films eux-mêmes! J’ai bien l’impression d’avoir été l’une des rares auteures de critiques écrites, et cela m’a valu bien des taquineries de mes collègues qui ne comprenaient pas vraiment mon « acharnement » à aller voir des films tous les matins à 8h pour écrire dessus ensuite! Une fois questionnés, certains m’ont toutefois avoué que l’absence de critiques est probablement « une preuve de paresse et/ou d’inexpérience » et que personne n’ose s’y risquer de peur de se tromper. Dommage… Surtout que je ne suis pas moi-même une spécialiste, alors j’espère ne pas avoir écrit de bourdes monumentales! Fin de la parenthèse.

J’ai donc vu le magnifique « La Pirogue » de Moussa Touré (Sénégal) : « Une trentaine d’Africains désespérés, dont certains n’ont jamais vu la mer, s’embarquent dans une pirogue à Dakar avec l’espoir d’atteindre les îles Canaries, en territoire espagnol, pour y mener une vie meilleure… Avec son film La pirogue, le cinéaste sénégalais Moussa Touré a su faire de cette scène courante dans l’actualité du continent une fiction poignante d’humanité sans une once de misérabilisme. »

Le réalisateur de La Pirogue, le sénégalais Moussa Touré, en entrevue post-projection : . « Le cinéma permet de parler avec les gens, de leur donner de l’espoir… Mais l’État doit aussi leur donner une raison d’espérer et de choisir de ne pas partir. »

Le réalisateur de La Pirogue, le Sénégalais Moussa Touré, en entrevue post-projection : « Le cinéma permet de parler avec les gens, de leur donner de l’espoir… Mais l’État doit aussi donner aux jeunes une raison d’espérer et de choisir de ne pas partir (vers l’Espagne en pirogue).»

Le très amusant « Le collier de Makoko » de Henri Joseph Koumba Bididi (Gabon) : « Le réalisateur gabonais Henri Joseph Koumba Bididi affirme avoir écouté Indiana Jones quelques jours avant de commencer le tournage de son film Le collier de Makoko. Une confidence qui ne surprendra aucun cinéphile, car l’influence des aventures du héros de Georges Lucas et Steven Spielberg est indéniable dans ce film qui a déjà fait un tabac dans le pays à l’honneur au 23e FESPACO. »

Le collier du Makoko a remporté le Prix de la Meilleure affiche du FESPACO (et aussi celui du meilleur son).

Le collier du Makoko a remporté le Prix de la Meilleure affiche du FESPACO 2013 (et aussi celui du Meilleur son).

J’ai également vu le troublant Toiles d’araignées d’Ibrahima Touré (Mali) : « Mariage forcé, junte militaire cruelle et humiliations en tout genre : telle est la trame de fond du troublant Toiles d’araignées, premier long métrage du Malien Ibrahima Touré. Heureusement pour le cinéphile, rien de tout cela ne peut venir à bout du profond désir d’émancipation des personnages principaux. »

Le très heureux réalisateur malien Ibrahima Touré, qui a dédié son Prix de l‘Union africaine pour Toiles d’araignées « à toutes les femmes qui vivent dans des camps de réfugiés en Afrique ».

Le très heureux réalisateur malien Ibrahima Touré, qui a dédié le Prix de l‘Union africaine pour la paix et la sécurité remis à Toiles d’araignées « à toutes les femmes qui vivent dans des camps de réfugiés en Afrique ». Les comédiens du film ont aussi reçu une mention spéciale collective du jury pour leur interprétation.

Et finalement, le triste Lenfants de Troumaron d’Harrikrisna Anenden (Ile Maurice) : « Pas de plage ni de ciel bleu dans Les enfants de Troumaron, le troisième long métrage de l’histoire de l’Ile Maurice. Seulement une cité glauque de Port-Louis, la capitale, où la violence gronde. Harrikrisna Anenden et de son fils Sharvan signent ici un film noir sur une jeunesse qui a renoncé à l’espoir.»

La scène d'ouverture des Enfants de Troumaron, qui est reparti avec le prix Oumarou Ganda de la première oeuvre quand, bizarrement, c'est le deuxième film du réalisateur...

La scène d’ouverture des Enfants de Troumaron, qui est reparti avec le prix Oumarou Ganda de la première oeuvre quand, bizarrement, c’est le deuxième film du réalisateur Harrikrishna Anenden… Mais on n’est pas trop regardant, c’est un pionnier du cinéma sur son île.

J’ai aussi pu voir – en soirée avec mes colocs et pour mon simple plaisir – l’inquiétant mais superbe « Les chevaux de Dieu » de Nabil Ayouch (Maroc). Librement inspiré des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca, ce film raconte l’histoire d’un groupe de jeunes du bidonville de Sidi Moumen, à Casablanca, qui rejoignent un groupe islamiste et qui sont élus pour devenir martyrs. On ressort ébranlés de la projection!

Une scène marquante des Chevaux de Dieu, qui a gagné le prix du meilleur scénario.

Une scène marquante des Chevaux de Dieu, qui a gagné le Prix du meilleur scénario.

Tout ça pour dire que je vous recommande vivement ces cinq films, dont certains seront peut-être projeté à Montréal durant le festival Vues d’Afrique qui se tiendra du 26 avril au 5 mai prochains.

De biens longues cérémonies 

En plus des films, j’ai assisté aux cérémonies d’ouverture et de clôture du festival, dans un immense Stade du 4-août (de la date du début de la révolution en 1983) pas vraiment rempli à pleine capacité. Durant ses longues heures (presque cinq pour la clôture!), j’ai entre autres pu voir des chevaux, des chanteurs populaires locaux et des pays voisins, des danses africaines « moderno-traditionnelles », des feux d’artifice – une première pour moi en Afrique! – et le couple présidentiel burkinabè.

Quelques photos… Lisez bien les légendes!

Le « clap départ » (yark!) du festival donné par une brochette d'invités d'honneur (mais le président n'a pas fait le déplacement pour l'ouverture).

Le « clap départ » (yark!) du festival donné par une brochette d’invités d’honneur, dont (à gauche) le maire de Ouaga et la première dame du Gabon, pays invité d’honneur. Le président du Faso (ni celui du Gabon d’ailleurs) n’a toutefois pas fait le déplacement.

La première dame du Burkina, Chantal Compaoré, marraine du FESPACO.

Gros plan (sans zoom) de la première dame du Burkina, Chantal Compaoré, marraine du FESPACO.

Clin d'oeil à mon frérot : un jeune chanteur burkinabé très à la mode s'est produit à la cérémonie d'ouverture.

Clin d’oeil à mon frérot : un jeune chanteur burkinabé très à la mode qui s’est produit à la cérémonie d’ouverture.

Une partie de la flopée de trophée remis à la clôture. Les chevaux les plus à gauche sont les Étalons de Yennenga, la récompense suprême pour les longs métrage. Les plus petits sont les Poulains (or, argent et bronze), pour les meilleurs court-métrages.

Une partie de la flopée de trophées remis à la clôture. Les chevaux les plus à gauche sont les Étalons de Yennenga, la récompense suprême pour les longs métrages. Les plus petits sont les Poulains (or, argent et bronze), pour les meilleurs courts-métrages.

Le président du Faso, Blaise Compaoré, tel qu'aperçu de loin à la cérémonie de clôture. Il portait le boubou de circonstance.

Le président du Faso, Blaise Compaoré, tel qu’aperçu de pas mal loin à la cérémonie de clôture. Il portait le boubou de circonstance, aux couleurs du festival.

La réalisatrice algérienne Djamila Sahraoui devient la première femme de l'histoire à soulever un Étalon de Yennenga - celui d'argent - pour son film Yema. Un peu ironique quand on sait que Yennenga est l'Athéna des Burkinabè....

La réalisatrice algérienne Djamila Sahraoui devient la première femme de l’histoire à soulever un Étalon de Yennenga – celui d’argent – pour son film Yema. Un peu ironique quand on sait que Yennenga est en quelque sorte l’Athéna des Burkinabè…

La gagnante du Prix de la meilleure interprétation féminine, Mariam Ouédraogo, pour son rôle- titre dans Moi Zaphira d’Apolline Traoré (Burkina Faso). La fille du pays a lancé des cris de joie en guise de remerciements!

La gagnante du Prix de la meilleure interprétation féminine, Mariam Ouédraogo, récompensée pour son rôle-titre dans Moi Zaphira d’Apolline Traoré (Burkina Faso). La fille du pays a lancé des cris de joie en guise de remerciements!

Pour plus de mes impressions sur le festival, je vous invite à lire mon article Séquences de la 23e édition qui s’achève, repris par le site Ouaga.com (d’ailleurs, parenthèse un peu hors sujet, un petit texte que j’ai écrit sur un livre ivoirien a, selon mon rédacteur en chef, été repris dans un média d’Abidjan… Bientôt panafricaine, la fille?)

Mon extrait préféré dudit article pour clore ce long billet :  « En terminant, une petite remarque aux Burkinabè fortement déçus que le pays des hommes intègres n’ait pas raflé toutes les récompenses. Gagner le prix de la meilleure fiction des écoles de cinéma et celui de la meilleure interprétation féminine, en plus d’une mention spéciale du jury pour un film vidéo, c’est déjà une belle récolte! Il ne faut pas oublier que l’Afrique compte 54 pays, dont une trentaine était représentés en compétition cette année. Si le Burkina Faso a l’exclusivité de la tenue du FESPACO, il n’a pas celle du talent cinématographique africain… Et c’est beaucoup mieux comme ça! »

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28 février : Réflexions à haute voix sur la pratique du journalisme en Afrique

7 mars 2013 at 2:48 (Le journalisme au Burkina Faso)

Parce qu’un blogue est avant tout un ramassis d’impressions personnelles, voici quelques-unes des miennes.

Quand j’ai accordé une entrevue à La Presse Canadienne il y a quelques semaines, il se trouve que je parlais à Lise Millette, qui est aussi rédactrice en chef du Trente, la revue des journalistes québécois. Voilà donc qu’une partie de cet entretien, qui parle plus spécifiquement de mon travail terrain ici à Ouaga, se retrouve dans la lettre d’information virtuelle dudit magazine.

Pour m’écouter discourir, cliquez ici.

Vous me direz si je suis intéressante, ma propre connexion ne me permet pas de m’écouter! 😉

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3 mars 2013 : Vélo, (trop de) boulot, (pas assez de) dodo!

3 mars 2013 at 12:53 (Burkina Faso)

Désolée chers lecteurs, je sais que j’ai l’air de vous négliger un peu… Mais c’est parce que je travaille trop! :-s

Ma charge de travail est la plus grande surprise de mes six premières semaines au Burkina (il faut prononcer Bour-ki-na, d’ailleurs). Officiellement au boulot du dimanche au jeudi de 8h à – dans mon cas de cycliste peureuse – avant la noirceur (donc 18h45), il se trouve qu’on est aussi « sur appel » le vendredi et le samedi, et qu’il y a TOUJOURS des reportages à faire! En plus, disons que de demander une vraie journée de repos n’est pas très bien vu ici…

Tout ça pour dire que depuis le 4 février, je n’ai pu ni sortir de la ville ni vraiment travailler sur de la pige, et encore moins sur mon projet de géographie… Heureusement qu’il me reste deux mois!

L'entrée de mon boulot, sur un six-mètres plein de cailloux

L’entrée de mon boulot, sur un six-mètres plein de cailloux

La salle de rédaction est au tout fond.

La salle de rédaction est au tout fond, au deuxième.

Disons aussi que la grippe carabinée que je me suis tapée cette semaine était prévisible, avec aussi peu de sommeil (j’essaie quand même de profiter de mes soirées!) et des changements de température constants. À commencer par une bonne suée chaque matin à 7h30 sur mon vélo pour me rendre au boulot dans le trafic aberrant et chaotique (sans parler de poussiéreux!), suivie d’une réunion de rédaction de plus de deux heures à la climatisation. C’est sans compter le ventilateur nocturne pour arriver à fermer l’oeil à 30 degrés (et ça va en augmentant!).

Vendredi 1er mars, à 15h10, il fait 50 degrés... NOON! Et la saison chaude n'est pas encore commencée!

Vendredi 1er mars, à 15h10, il fait 50 degrés… NOON! La saison chaude n’est même pas encore commencée!

Heureusement que mes collègues sont gentils et que mon travail semble apprécié (je suis publiée régulièrement seule et sans critique alors c’est bon signe, non?)… Ça aide à se lever à 6h30 (et à 30 degrés!) chaque matin!

Rassurez-vous, il y a donc d’autres billets qui s’en viennent… Les prochains parleront de cinéma africain et d’alimentation exotique!

A bientôt!

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19-21 février : Informer le Québec… en direct de Ouaga

23 février 2013 at 7:01 (Burkina Faso, Le journalisme au Burkina Faso)

Cette semaine, j’ai pu faire à petite échelle ce que je rêve de faire pour gagner ma vie un moment donné : parler de l’Afrique aux Québécois!

Mardi, la nouvelle de l’enlèvement d’une famille de Français à l’Extrême-Nord du Cameroun m’a donné froid dans le dos, parce que j’ai visité (et adoré!) cette région en 2009. Évidemment, nous en avons longuement discuté en réunion de rédaction au journal, et j’ai pu apporté un éclairage, ma foi, assez pertinent.

Je me suis donc décidée à avertir  La Presse Canadienne – en fait, une connaissance qui y travaille – que si elle avait besoin de commentaires sur la situation, j’étais disponible! Un coup de téléphone outremer plus tard et me voilà sur les ondes de NTR (le service radio de ladite agence de presse ). Discuter du contexte politique camerounais et de la présence djihadiste dans cette région en direct de Ouagadougou, c’est un peu surréaliste, mais tellement gratifiant!

À l'Extrême-Nord camerounais, la frontière avec le Nigeria est extrêmement floue... Et difficile à sécuriser.

Dans l’Extrême-Nord camerounais, la frontière avec le Nigeria est extrêmement floue… Et très difficile à sécuriser pour d’évidentes raisons d’ordre géographiques.

Cette photo a été prise du 4x4, qui était sur une route camerounaise... Pendant que sa passagère mettait les pied au Nigeria!

Cette photo de 2009 a été prise de la fenêtre du 4×4, qui était sur une route camerounaise… Pendant que sa passagère mettait « clandestinement » les pieds au Nigeria!

Aparté ici pour dire que l’Extrême-Nord du Cameroun est une région que les ambassades de plusieurs pays occidentaux – dont le Canada – déconseillent fortement aux touristes depuis plusieurs années déjà, entre autres pour des incidents aux frontières. Malgré tout, les touristes – moi y comprise! – s’y risquent, parce que c’est un endroit qui regorge de paysages extraordinaires et surtout inédits…

J’ai donc accepté que mes collègues rappellent dans un éditorial que : « Déjà, certaines voix s’élèvent, surtout en Afrique, pour fustiger le goût du risque inutile et l’absence de toute conscience du danger djihadiste chez certains Occidentaux. Cela dit, face à cette pathologie historique de notre siècle, il serait utile pour leur propre sécurité que les Occidentaux renouent, avec une certaine philosophie des limites et du risque calculé. »

J’en prends bien note, mais cela ne n’empêcherait pas de retourner dans le secteur – et peut-être éventuellement au Sahel burkinabé – si l’occasion se présentait. J’assume un certain goût du danger, et peut-être un peu de douce inconscience et de pensée magique… Car après tout, sans ces traits de personnalité, je ne serai sûrement pas à Ouaga aujourd’hui! 😉

Une « presque formation » de critique cinéma à Ouagadougou racontée pour vous

À ma grande surprise, j’ai un horaire de travail un peu trop chargé au journal (j’en reparlerai dans mon prochain billet)… Ce qui ne m’a pas empêché de trouver un peu de temps pour écrire une « Carte-Postale » destinée à la lettre d’information hebdomadaire de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), organisation dont je suis depuis plus d’un an la fière trésorière (bon, d’accord, le titre est pour la forme, mais ça veut quand même dire que je m’implique beaucoup!).

Voici donc le texte qui a été envoyé ce jeudi à tous les abonnés de ladite lettre :

« J’ai su dès mes premiers cours de journalisme que je ferais de l’Afrique mon champ de spécialisation. Après avoir suivi à peu près tous les cours de premier cycle sur le sujet à l’UQAM, j’ai fait le grand saut : six mois au Cameroun à titre de stagiaire, à la radio nationale puis dans une station privée catholique (!). Une expérience hautement enrichissante, autant professionnellement que personnellement.

Trois ans plus tard, les circonstances m’ont fourni la possibilité de repartir sur ce continent si cher à mon à mon cœur. Me voilà donc redevenue stagiaire – et où on est jamais trop prudente dans un pays où par le passé (1998) un journaliste s’est fait assassiner en pleine enquête sur la mort suspecte du chauffeur du frère du président –, cette fois dans un quotidien privé de Ouagadougou, au Burkina Faso.

Tout ce préambule pour dire que j’aurai bientôt la chance de couvrir les activités de la 23e édition du Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (FESPACO). N’étant ni critique culturelle ni spécialiste du 7e art africain, c’est avec joie que j’ai accueilli l’invitation à la toute première formation destinée aux journalistes burkinabè accrédités pour cet équivalent subsaharien du Festival de Cannes. J’ai trouvé excellente l’initiative du Délégué général du festival, l’ancien journaliste Michel Ouédraogo. C’est qu’au pays des hommes intègres, rares sont les journalistes qui ont le luxe d’être affectés spécifiquement – et encore moins formés – au rôle de critique.

Le programme était ambitieux. En deux jours, nous devions non seulement apprendre les bases du langage cinématographique, les fondements de la critique et les techniques d’écriture spécifiques au genre, mais également survoler l’histoire du cinéma burkinabè et africain, décortiquer le programme de la présente édition du FESPACO et finalement discuter des vingt longs métrages en compétition officielle.

Malheureusement, comme trop souvent dans le contexte africain, ce qui était si bien défini sur papier s’est en réalité avéré totalement désorganisé. Les officiels chargés de nous présenter la sélection officielle étaient trop occupés pour se déplacer, les longs métrages que nous devions voir n’étaient pas disponibles et les formateurs de l’Association des Critiques de Cinéma du Burkina, quoique très bien intentionnés, préféraient les exposés théoriques aux exercices pratiques…

En définitive, après 15 heures de formation, nous avions appris certains termes de base du cinéma et vu quelques courts-métrages en primeur, mais sans jamais les critiquer de manière formelle. Parlez-moi d’un éléphant qui accouche d’une souris!

Toutefois, même si le résultat m’a déçue, je salue cette initiative et la suggère aux organisateurs des Festivals des films du monde, du Nouveau cinéma, du film Black, des films sur l’Art, des films pour enfants et consorts. Les étudiants et finissants en journalisme ne pourraient que bénéficier d’une formation sur cet art bien spécifique qu’est la critique cinématographique. Et je me doute qu’avec une bonne dose d’organisation à la nord-américaine, la liste des apprentissages réels pourrait être beaucoup plus longue! »

Qu’est-ce que vous en dites?

Sur ce, je vous quitte pour aller couvrir l’ouverture officielle dudit festival!

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